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 Chaudoudous et Froidpiquants

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Date d'inscription : 18/03/2011

MessageSujet: Chaudoudous et Froidpiquants   Sam 19 Mar - 2:09

Chaudoudous et Froidpiquants

Il était une fois, dans un pays lointain, un village étrange. Tous ses habitants souriaient du crépuscule de leur sommeil à l’aube de leur nuit. Lorsqu’ils se croisaient dans la rue, ils arboraient une large invitation à l’échange amical et passaient parfois des heures à se distraire de leur bien-être.

Lorsqu’un évènement malheureux survenait, tous les amis et proches venaient soutenir celui ou celle qui était dans la douleur. Il n’y avait nulle pitié ni formule polie. Juste une présence amicale destinée à rassurer et à atténuer la peine.

Lorsqu’un conflit éclatait, les protagonistes étaient emmenés devant une assemblée qui écoutait les faits et les témoignages. Et comme le mensonge leur était inconnu dans son intention de nuire, le différend était réglé selon des jugements que tout le monde respectait.

Les habitants de cette ville avaient un secret. Ils avaient en permanence avec eux de petits animaux qu’ils promenaient dans leurs poches. Ces petits animaux, qu’ils caressaient tout au long de la journée, leur procuraient une intense sensation de bien-être. En retour les animaux se nourrissaient de douceur et de joie de vivre. Ces animaux s’appelaient des Chaudoudous.

Il y avait beaucoup de Chaudoudous dans la ville, et ils n’appartenaient à personne. Bien au contraire tout le monde se les échangeait. Il suffisait de voir une personne avec une mine un peu plus triste que d’habitude, et tout le monde venait lui proposer un Chaudoudou. De cette manière, le Chaudoudou communiquait à celui qui venait de le recevoir toute la gaieté et la joie de vivre qui lui avait été communiquées. Et rapidement la personne voyait sa tristesse s’envoler et un sourire lui revenir aux lèvres.

Et donc tout au long de la journée, les gens s’échangeaient des Chaudoudous de telle sorte que tout le monde entretenait la bonne humeur de chacun. Et la vie s’écoulait, les difficultés étaient surmontées ensemble, les malheurs étaient vécus à plusieurs et les bonheurs étaient partagés.

Mais un jour, une âme noire fit irruption dans la ville. Tout le monde lui donnât d’abord des Chaudoudous, mais rien n’y fit. Son visage restait sombre, ses gestes restaient crispés, son humeur restait maussade, son regard était froid.

Toutefois, si les gens regrettaient de ne pouvoir l’aider, ils ne s’en décidèrent pas pour autant à l’imiter. Tout le monde continuât à échanger des Chaudoudous. Mais on lui en donnait de moins en moins.

Alors, de voir tous ces gens heureux, il devint jaloux. Puis il décidât de se venger de tous ces gens qui étaient moins malheureux que lui. Il conçut alors un plan machiavélique.

Il fabriquât des animaux qui avaient le même aspect que les Chaudoudous, la même taille, les mêmes couleurs. Mais ce n’était pas des Chaudoudous. C’était des Froidpiquants. Malgré leur ressemblance avec les chaudoudous, les froidpiquants ne procuraient pas la même sensation de bien-être. Ils buvaient la joie mais n’exprimaient que de la tristesse. Leur contact, désagréable, donnait envie de se réfugier dans un endroit isolé. Leur murmure, grinçant, faisait aspirer au mutisme. Mais comme ils ressemblaient trait pour trait aux Chaudoudous, les gens ne s’en aperçurent pas tout de suite. Ils se les échangèrent sans le savoir, et ne s’apercevaient que trop tard qu’il s’agissait de Froidpiquants. Ils étaient alors emplis de tristesse, à cause du froidpiquant, mais aussi et surtout du fait d’avoir été trompés.

Petit à petit, les gens devinrent de moins en moins gais, de plus en plus renfermés. On osait de moins en moins accepter un Chaudoudou de peur de s’apercevoir qu’il s’agissait en fait d’un Froidpiquant. Et des Froidpiquants, les gens n’en voulaient pas. Aussi peu en avait ils qu’ils en avaient déjà trop.

Alors petit à petit la ville perdit sa gaieté. Les fleurs, mal entretenues, furent remplacées par des imitations en plastique. Les conflits ne trouvant plus d’assemblées bienveillantes, les gens commencèrent à crier. Dans la rue, c’était à peine si les gens se saluaient désormais. On vit apparaître des enfants en pleurs, des femmes tristes, des hommes grognons.

Il fut alors décidé de remettre de l’ordre. Une loi (la première loi de la ville qui n’en avait jamais eu besoin) fut créée pour interdire les Froidpiquants. On fit construire une prison pour ceux qui outrepasseraient la Loi. On formât des gens, que l’on appelât policiers, pour surveiller ce que les gens faisaient les uns avec les autres.

Seuls les enfants échappèrent un peu à ce nouvel environnement. Pour une raison inexpliquée, ils reconnaissaient immédiatement un Chaudoudou d’un Froidpiquant. Non seulement ils les reconnaissaient en les voyant, mais en plus, avant même que quelqu’un le leur propose, ils savaient si on allait leur proposer un Chaudoudou ou un Froidpiquant. Cette aptitude des enfants exaspéra petit à petit les adultes. Alors on fabriquât un sirop qui faisait perdre la mémoire. Mais les résultats furent décevants. Certes nombre d’enfants devinrent tristes, ce qui réjouit les parents qui ne voulaient pas être seuls à être tristes, mais il subsistait des enfants dont la tristesse était suspecte. Ils se méfiaient de leurs parents, et cela exaspérait les adultes.

Toutefois le sirop fit son effet. Et aujourd’hui, au fur et à mesure qu’ils grandissent et à force de boire de ce sirop, beaucoup d’enfants perdent leur capacité à distinguer les Chaudoudous des Froidpiquants. On reconnaît les adultes issus d’enfants de Froidpiquant à ce qu’ils perdent la mémoire. En perdant la mémoire ils ont perdu le chemin qui les a amené où ils sont. Perdus, ils ne savent plus par où aller. Alors ils tournent en rond. Petits patapons. Ils parlent en criant et pleurent en attendant. Ils semblent toujours pressés mais consacrent leur temps à jouer sans leurs enfants.

Mais il subsiste, ici et là et pour des raisons inconnues, des enfants sur lesquels le sirop est mal efficace. Il n’a pas les effets escomptés. On peut reconnaître ces enfants à ce qu’ils grandissent sans vieillir. Mais ils passent inaperçus ou sont moqués. Ils savent bien qu’ils sont jalousés, ils savent qu’ils sont en danger, mais ils n’ont pas peur : la peur n’évite pas le danger. Alors ils rient au milieu des regards sévères et des langues de vipère.

Et vous savez quoi ? Si un jour le dernier de ces enfants venait à disparaître, le monde ne serait plus peuplé que de morts-vivants. [u]
....
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MessageSujet: Re: Chaudoudous et Froidpiquants   Sam 19 Mar - 15:08

"Alors ils rient au milieu des regards sévères et des langues de vipère."
Très beaux texte cher Admin, vraiment.
A méditer.
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